Fev2012-20

Homoparentalité : et si on pensait aux enfants ?

 

Le site de l’Engagement 31 de François Hollande:

http://mon.engagement31.fr/

Alors que la campagne présidentielle bat son plein et que le thème des disciminations me semble être parfois occulté par l’actualité, je souhaitais partager avec vous ce point de vue sur l’homoparentalité sous la forme d’une tribune.

Elle est le fruit de mon expérience de Président de Conseil Général, mandat qui me donne la responsabilité, entres autres, de protéger les enfants et de délivrer les agréments pour les demandes d’adoption.

Bonne lecture!

“Homoparentalité : et si on pensait aux enfants ?”

 

Toutes les discriminations, qu’elles soient raciales, religieuses, culturelles, liées au genre, à la sexualité, à une situation de handicap, sont des attaques contre notre République. C’est l’égalité des droits, qui a fondé notre République ; sans cette égalité, la citoyenneté n’a ni sens, ni avenir.

Parmi ces discriminations, il en est une qui interroge particulièrement notre société en ce qu’elle renvoie, au delà de la notion d’égalité, à des valeurs morales et à l’un des fondement du vivre ensemble : la famille. Or le modèle dit traditionnel de la famille biologique connaît de profonds bouleversements et est sujet à une mutation lente mais ancienne et permanente.

Au moment où s’invite dans la campagne présidentielle le débat sur l’ouverture du mariage pour les couples homosexuels et le droit pour tous d’adopter un enfant, je crois utile d’aborder le sujet très controversé de l’homoparentalité en mettant l’accent sur l’intérêt de l’enfant.

Président de Conseil général, j’ai la responsabilité de délivrer les agréments aux personnes qui souhaitent adopter, qui est une des compétences exercée par les Départements au titre de la protection de l’enfance. C’est au regard de cette responsabilité que je veux apporter à ce débat un éclairage concret sur l’actuelle impasse dans laquelle sont placés les couples homosexuels désireux d’adopter un enfant.

S’il est possible en théorie (et en pratique en Loire-Atlantique) pour un couple homosexuel d’obtenir l’agrément d’adoption, le plus souvent cette démarche éprouvante en situation ordinaire se transforme en véritable calvaire. En effet, pour ne pas compromettre leurs chances d’obtenir un enfant au moment de l’adoption, en France comme à l’étranger, ces couples sont contraints, lors de l’enquête sociale, au  mensonge et à la mystification en se faisant passer comme “personne seule”.

Cette hypocrisie collective, qui voit des personnes être obligées d’avancer masquées et forcées à jouer un mauvais vaudeville, met en danger leur équilibre psychologique, et bien sûr celui de l’enfant à adopter.

Tout comme une famille se prépare neuf mois pour accueillir un enfant, les adoptants doivent suivre une préparation psychologique assurée par les services départementaux. Les personnes homosexuelles sont ainsi obligées de faire cette démarche seules, sans le futur co-parent, qui est de fait exclu de toute cette préparation pourtant indispensable.

Encore plus grave, l’enfant, qui est lui aussi accompagné psychologiquement par les services sociaux, n’est pas préparé à rejoindre un couple de parents mais bien une famille monoparentale. C’est en arrivant dans son nouveau foyer qu’il découvre son deuxième parent.

Vient alors la question de l’autorité parentale. Aujourd’hui refusée au parent dit « social », sauf circonstances exceptionnelles, elle pose un grave problème pour la sécurité de l’enfant, son équilibre et la stabilité de son foyer.

Qu’advient-il de ces enfants si par malheur le parent légal vient à disparaître ? Ils deviennent des orphelins des temps modernes, confiés à l’aide sociale à l’enfance, tout en ayant un père ou une mère survivant.

En cas de séparation du couple, l’enfant découvre qu’il n’a en réalité qu’un seul parent, et peut ainsi être condamné tout à fait légalement à ne plus jamais revoir son père ou sa mère.

Comment l’enfant adopté peut-il se construire en tant que citoyen à part entière, en tant qu’adulte autonome, si notre République délégitime l’existence même de sa famille et nie l’amour que se portent ses propres parents ? Ce sont les discriminations qui font du mal à ces enfants, et non le fait d’être élevés par des personnes de même sexe !

Tahar Ben Jelloun disait très justement que « la nature crée des différences et (que) la société en fait des inégalités ». J’ajouterais que l’ignorance et la bêtise en font des discriminations.

Parce qu’en dépit de ma fonction, mes marges de manœuvre et d’action restent limitées pour en finir avec cette discrimination, je demande qu’au nom des enfants, dans leur strict intérêt, nous fassions évoluer cette situation.

Nous devons la reconnaissance et la sécurité à ces enfants, et pour cela il faut que nos lois changent. Nous devons enfin reconnaître qu’un enfant, naturel ou adopté, peut être parfaitement élevé par des parents de même sexe, pourvu qu’ils soient aimants, attentifs à ses besoins et respectueux de la construction de sa personnalité.

Élus du 21ème siècle, nous devons être en phase avec les changements, les progrès de notre société, et donc avec les attentes de nos concitoyens. Nous ne parlons pas ici d’un effet de mode, mais bien d’une réalité française qui voit  près de  100 000 enfants vivre dans une famille homoparentale !

Ces enfants doivent pouvoir grandir dans la sécurité et l’affection nécessaires à leur épanouissement que procure la famille, quelle qu’en soit la forme.

Il ne faut pas d’une nouvelle union civile, il ne faut pas inventer de nouvelles procédures administratives spécifiques, non, il faut ouvrir le droit au mariage, rien que le mariage, mais tout le mariage, y compris le droit à l’adoption !


7 commentaires

lebeaupin yanick , le 28 mars 2012

Merci Philippe pour ce beau texte. Je souhaite moi aussi que le mariage et l&adoption trouve tout leur sens avec notre candidat et ce,dés son élection sans comme tu le dis passer par union civile ou autre invention du genre qui marqueraient de nouveau la ségrégation.
Merci encore
Yanick

Amélie , le 28 mars 2012

La “justification” du refus de l’homoparentalité est souvent “un enfant doit être élevé par un père et une mère”. aujourd’hui la situation est bâtarde : au nom de cette théorie, on peut adopter un enfant seul (alors là on s’en fout qu’il n’ait pas de père ou pas de mère ?), on peut divorcer et réduire de manière scandaleuse le temps passé entre un enfant et le parent qui n’a pas la garde (voire même le couper subtilement pour que plus aucun lien n’existe dès l’adolescence et que les visites finissent par se raréfier etc), mais par contre un couple de même sexe ne peut pas adopter…

c’est d’une logique…

et bravo de rappeler que les adoptions sont rendues possibles et préparées par des professionnels, qui ne confient pas les enfants à n’importe quels hétéros irresponsables et n’ont pas de raison d’oublier d’être compétents sous prétexte que les candidats à l’adoption seraient de même sexe.

Mireille Pena , le 28 mars 2012

Texte très juste, qui rappelle les fondamentaux de la relation parents-enfants et qui analyse les faits et les besoins de changement inhérents au temps social actuel. Un texte de juste justice.

Philippe Grosvalet , le 29 mars 2012

Merci pour vos réactions et vos encouragements!

annick , le 24 août 2012

j’ai un peu honte je viens juste de decouvrir ton article je le trouve tres bien et je suis absolument d’accord avec toi il faut tout faire pour finir avec ces c……. IL FAUT PENSER AUX ENFANTS

Philippe Grosvalet , le 4 septembre 2012

Merci!

Nicolas , le 20 septembre 2012

Votre service chargé de la délivrance des agréments mentionne t-il l’orientation sexuelle du demandeur célibataire et/ou le sexe de son conjoint ?

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