Aéroport du Grand Ouest – Courrier au Premier Ministre Manuel Valls

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez réitéré votre attachement au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique vers le site de Notre-Dame-des-Landes. La priorité donnée à ce dossier, par le Gouvernement français, est une reconnaissance de son utilité pour le département de Loire-Atlantique et pour tout l’Ouest de la France. C’est aussi la reconnaissance de l’expertise des collectivités locales qui défendent, depuis des années, le développement et l’aménagement du territoire.

Prendre fait et cause pour ce projet d’infrastructure aéroportuaire, c’est redonner sens et place aux investissements publics, en réhabilitant l’intérêt général. L’engagement de l’État, auprès des collectivités, pour construire de nouvelles infrastructures est en effet une des clés qui permet la relance des activités et la création d’emplois.

Vous indiquez au journal Ouest France que la construction débuterait au premier semestre 2015, après les décisions de la justice administrative, conformément aux accords passés. Je prends acte de cette position.

Comme vous, j’ai la conviction que ce transfert est nécessaire. L’aéroport du Grand Ouest est un moteur du développement pour les régions Pays de la Loire et Bretagne, et au-delà. Il s’inscrit dans un équilibre entre le développement économique et social et la préservation indispensable de nos ressources naturelles. Ce projet, fruits de débats et d’arbitrages entre élus locaux et acteurs socio-économiques, porte aussi la marque de fabrique d’un territoire qui joue collectif, qui construit du compromis et prépare l’avenir.

Je soutiens l’engagement des travaux. Je souhaite qu’ils se fassent dans un cadre que vous aurez définis. Ainsi, je vous demande de me préciser les moyens et la méthode qui permettront le démarrage du projet en tenant compte d’une condition simple, garantir la sécurité. J’insiste particulièrement sur ce point. Je souhaite la sécurité pour les populations locales qui ne vivent déjà plus dans des conditions de tranquillité acceptable. Je souhaite la sécurité, dans la durée, pour les entreprises et leurs salariés, qui seront amenés à travailler sur le site. Je souhaite enfin la sécurité pour celles et ceux qui contestent dans le cadre des autorisations préalablement établies. Je vous demande de réunir les conditions nécessaires à l’installation durable de la sécurité, à Notre-Dame-des-Landes.

Comme je l’ai écrit, aucun projet ne peut être bâti sur la violence. Or, nous constatons, désormais, que tout projet d’aménagement est susceptible de susciter des mobilisations qui, pour certaines, prennent des formes de contestation radicale inacceptables. Des réseaux de ce type se sont constitués à Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs. Ils menacent, et visent à empêcher le processus démocratique par la violence.

L’État a la lourde mission d’assurer l’ordre et la tranquillité publique sans jamais générer davantage de désordres que le trouble initial. Je sais que vous êtes particulièrement attaché à cette éthique de la République. C’est pourquoi je souhaite vous alerter sur la situation locale que mon mandat d’élu de Loire-Atlantique me donne à voir. Une nouvelle intervention des forces de l’ordre, sans discussion, sans planification, aboutirait à de nouvelles violences.

La mort d’un homme, à Sivens, doit nous alerter. L’usage de la force, le recours aux experts, ne suffiront pas à faire, comme je le souhaite, du projet de transfert de l’aéroport, une

réussite. L’État doit préciser aux élus locaux les méthodes et les moyens qu’il prévoit de mettre en œuvre. L’incapacité à assurer la libre-circulation et la sécurité sur la route départementale 281, devenue une zone de non-droit, m’oblige, devant les habitants de Loire-Atlantique, à solliciter de l’État un engagement plus clair.

Si elle était décidée, l’intervention des forces ne l’ordre ne saurait avoir pour objectif principal de permettre les travaux. Elle devrait assurer la protection des habitants, des entreprises, mais aussi des opposants au projet. Le souvenir de l’opération « Cesar », en octobre 2012, qui a abouti à une radicalisation de la situation, au détriment de la population, sans permettre la mise en œuvre sereine du projet, invite à la plus grande vigilance. Un nouvel échec signifierait probablement la fin du dossier.

Nous ne pouvons nous résoudre à attacher définitivement aux grands projets le stigmate de la violence. Nous en porterions collectivement la responsabilité devant les générations futures. À Notre-Dame-des-Landes, une nouvelle escalade de la violence nous ferait prendre un risque, celui d’anéantir le projet.

Philippe Grosvalet


7 commentaires

Jean Michel (Guémené Penfao) , le 28 décembre 2014

200% d’accord avec vous. Le risque est grand qu’un incident ne vienne anéantir ce beau projet et cet équipement majeur pour nos populations de loire atlantique, du morbihan et d’ile et vilaine toutes proches.

Un petit bémol : vous semblez vouloir d’ores et déjà vouloir appeler cet aéroport, “aéroport du Grand Ouest”… C’est peut-être un peu prématuré. Peut-être que les habitants préféreront une dénomination davantage en adéquation avec l’image qu’ils souhaitent promouvoir, porteuse pour leur territoire, et plus explicite pour les touristes et chefs d’entreprises qui l’utiliseront par exemple ?

En plus, après 9 mois de débat sur la rėforme territoriale, nous savons maintenant que la crėation d’une région Grand Ouest ne verra jamais le jour.

Jai lu que les habitants de Rennes et Nantes proposaient d’autres idées de dénomination.

François (Saint Herblain) , le 13 janvier 2015

Nous sommes inquiets pour ce projet.

La rumeur court qu’il sera officiellement abandonné juste après les Présidentielles de 2017, faute de crédits (la décision serait d’ores et déjà dans les tuyaux, compte tenu de l’impasse budgétaire dans laquelle se trouve l’Etat faute de réformes de structures suffisamment anticipées).

Nous espérons tous, sur ce sujet là aussi, qu’il n’y aura pas un nouveau loupé pour notre région. Ce serait lourdement préjudiciable pour l’économie de la Loire-Atlantique.

Jeanne (Grand Fougeray) , le 31 janvier 2015

Nouvelle dénomination pour l’aéroport du Grand Ouest…

Les Bretons ne sont effectivement pas friands de l’appellation “aéroport du Grand Ouest” pour ce nouvel équipement. Ce n’est ni une surprise, ni complètement idiot…

Pourquoi ne pas l’appeler “Aéroport International de Bretagne” et en conséquence prévoir un portage financier rééquilibré entre les Métropoles de Rennes et Nantes, les deux départements (35 et 44), les deux régions ?

Cela permettrait à la fois de lui donner une identité et de fédérer les collectivités et les populations locales sur ce projet unique.

L’aéroport de Tours (en région Centre) s’appelle bien “aéroport du Val de Loire” et ce choix effectué à l’époque n’était pas dénué de bon sens : il déssert bien les principaux sites du Val de Loire (dont Chambord).

Jocelyn , le 7 mars 2015

Je ne sais pas si votre lettre va apporter grand chose.
J’aurais préféré que vous arriviez à vous entendre avec les 4 autres Présidents de Départements bretons et avec le Président de la Région Bretagne pour :
- créer une Région Bretagne réunifiée ;
- prioriser les équipements structurants pour la Bretagne, et les interconnecter.

Je trouve complètement débile que votre projet de nouvel aéroport Nantais entre en concurrence avec la LGV Paris-Bretagne, sans réflexion commune.

Yves , le 8 mars 2015

L’année du Canard (les dossiers 2014 du Canard Enchaîné) est paru en début d’année.

Comment faut-il interpréter la caricature qui est faire de JM Ayrault, à la page 35 de ce magazine ?

ndlr : Monsieur Ayrault, déchargé de ses fonctions de Premier Ministre, se félicite :
“Je vais enfin pouvoir me consacrer à mon cher aéroport”

- Faut-il y comprendre que le projet est dispendieux ?
- Ou que le portage est quelque peu solitaire ?

Si c’est à la fois très cher (notamment en raison des infrastructures connexes qui restent toutes à réaliser en amont de l’aéroport), et porté de manière un chouilla solitaire, alors on peut effectivement se faire quelques cheveux blancs ce beau projet… car la France aura probablement des difficultés pour financer plusieurs infrastructures de cette ampleur dans le Grand Ouest simultanément…

Il lui faudra probablement hiérarchiser les priorités et arbitrer : alors mieux vaut s’entendre et avoir une vision globale à une échelle plus grande que la seule Loire-Atlantique.

Lucien , le 10 mars 2015

Pourquoi pas un référendum  ?

Nous avons appris hier, que Ségolène Royal suggère un référendum local sur le projet d’aéroport de NDDL pour sortir ce projet de l’impasse. Pourquoi pas sur des sujets aussi sensibles ?

Ouest France :
La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a suggéré lundi l’organisation d’un référendum local sur le projet contesté d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). 
« Pourquoi pas là aussi un référendum local au niveau départemental ? », a déclaré la ministre, interrogée sur BFMTV/RMC. « Dans le cadre de la réforme des procédures que je suis en train de réaliser, il y aura la possibilité d’ouverture pour les maîtres d’ouvrage de recourir à un référendum. Pourquoi pas sur Notre-Dame-des-Landes, comme sur les autres sujets ? », a-t-elle ajouté.
« Ouvrons les choses, au lieu de toujours se figer dans des postures, dans des conflits. Décompressons, ouvrons le jeu de la société, permettons que les gens s’expriment, faisons confiance à l’intelligence humaine, au dialogue démocratique, à la démocratie participative », a-t-elle lancé, à l’appui de sa suggestion d’un référendum départemental. 

Que pensez-vous de cette idée Monsieur le Président du Conseil Général ?

Martin , le 11 janvier 2016

Heu…. Et la COP 21 dans tout ça ?
Le Président Hollande a également fait un promesse en début de mandat. Souhaite-t-il qu’on la lui rappelle ?

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