Le revenu universel, une fausse utopie

Le revenu de base ou revenu universel serait dans l’air du temps. Il suffirait d’assurer à toutes et tous, quels que soient ses moyens, comme ses besoins, un pécule financier afin d’en terminer avec un fléau insupportable, le chômage.

Reprenant à son compte un ensemble de prestations sociales, l’État serait alors garant du minimum-vie, niveau qui serait décidé par décret comme étant celui qui, en tout point du territoire, en dehors de tout critère, permettrait d’assurer les besoins primaires de chaque citoyen.

Plusieurs écueils s’opposent à cette fausse utopie. D’abord, il établit un niveau de ressources qui, aux yeux de toutes et tous, permet tout juste de se nourrir et de se loger, faisant fi des décennies de luttes et de progrès qui ont permis de faire de nos vies davantage qu’un cycle physiologique, où l’accès à la culture, aux loisirs, à la formation, au travail, concourent à l’épanouissement et à l’émancipation des individus. Établir un niveau de ressources minimaliste pour vivre en ne produisant aucune richesse, c’est en tout point l’inverse de ce qu’est le modèle social français, hérité des Lumières et du Conseil national de la résistance. Ce n’est à l’évidence pas la création de richesses qui constitue le nœud du problème, mais bien plutôt son accumulation et son accaparement par une petite minorité qui devrait être pointée du doigt.

Pire, sous couvert d’universalité, ce revenu risque a contrario d’accentuer plus encore le phénomène de reproduction des inégalités. Non seulement on ne remet pas en cause les mécanismes liés à la transmission du patrimoine et aux revenus de la rente mais on les conforte, par une mesure qui, si elle se veut égalitaire, n’a rien d’équitable. Surtout, le risque serait grand d’assister à une prolifération de nouveaux creusets d’inégalités, qu’elles soient spatiales et/ou culturelles. Le revenu universel représenterait en réalité le signe d’un abandon de notre idéal républicain d’égalité.

Enfin, et peut-être est-ce là le point essentiel, ce nouveau principe graverait dans le marbre l’avènement d’une société à deux vitesses. D’un côté, ceux qui participeraient à la production collective de biens et de richesses, et pour qui le revenu universel deviendrait la bonne conscience. De l’autre, une cohorte de pauvres qui, par choix mais plus probablement par déterminisme social, serait reléguée définitivement et dès le plus jeune âge, hors du système de production et devrait se contenter de cette nouvelle obole publique.

Institutionnaliser la capacité à s’extraire complètement du monde du travail, c’est ainsi consacrer une nouvelle forme de dépendance, d’un côté celles et ceux qui cotisent, de l’autre celles et ceux qui deviennent définitivement tributaires des premiers. Si la réalité et le modèle libéral dominant créent et creusent souvent les inégalités, il est insupportable de penser que nous serions incapables d’impulser le chemin inverse, pire, que nous pourrions promouvoir une France de pauvres à vie.

Je suis convaincu que, au-delà d’être créateur de richesses, le travail joue un rôle primordial dans le sentiment d’appartenance au groupe. Travailler, c’est prendre sa part, contribuer à l’accomplissement du faire ensemble, du faire société. La valeur travail devrait avant tout être celle du liant, du commun. Encourager le travail, le droit au travail, ce n’est pas renier les droits du travail, c’est assumer les bénéfices d’appartenir à un corps social, au sein duquel les forces individuelles deviennent force collective et sont utiles.

Que cette situation nouvelle soit choisie ou subie, ce n’est pas autour de la fin du travail pour quelques-uns, et son corollaire, l’augmentation de la charge de travail pour d’autres, qu’il nous faut nous retrouver. Au contraire, il faut reprendre le chemin du partage du travail, en réduisant sa durée hebdomadaire. Je suis de ceux qui ne renonceront pas au combat du plein emploi. Travailler moins et tous plutôt que ne pas travailler et dépendre des autres.

Au sortir de la guerre, le Conseil national de la résistance n’a pas seulement dessiné pour la France un outil de protection sociale efficace, il nous a doté d’un système pérenne, de lutte contre les inégalités, notamment de naissance. La France a cette chance de pouvoir s’appuyer sur cet héritage pour assurer la protection de chacun de ses citoyens, contre la maladie, le vieillissement, la perte ou la privation d’emploi.

Le revenu universel serait une remise en question brutale de tous ces acquis, y compris les plus récents, comme le revenu de solidarité active, dont l’esprit est l’individualisation et l’accompagnement au sein d’un parcours d’insertion par le travail.

Ce sont au contraire nos mécanismes de solidarité qu’il nous faut conserver, améliorer, pour faire vivre ce qu’il y a de plus précieux, entre nous : la contribution collective et l’adaptation de la réponse au besoin de chacun, faisant perdurer l’adage « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».


2 commentaires

militant PS , le 17 janvier 2017

Bonjour,

si je souscris à tous vos arguments, je constate aussi que l’enjeu de l’automatisation massive du travail n’est pas abordée, alors qu’elle est au coeur des questions. Pour travailler en informatique sur ces questions, je ne me satisfais pas d’une évaluation rapide de ce point.

Par ailleurs, Benoît Hamon indique bien vouloir s’orienter vers “travaillons moins travaillons tous”, en incitant au temps partiel au fur et à mesure de l’automatisation, mais en effet sa proposition reste très fragile, c.a.d. qu’elle semble pouvoir facilement se dérégler et tomber dans le chacun pour soi.

Bien à vous,

N_Yoda , le 18 janvier 2017

Je souscris en grande partie aux commentaires de militant PS.
Vous négligez une bonne partie du programme de Benoît Hamon qui fait de cette proposition sur le revenu universel une proposition qui mérite un débat plus digne que les caricatures type société dun farniente ou comme vous proposition de l’abandon.
Il ne tiendrait qu’à vous d’essayer de considérer la proposition en pointant la question de l’inégale répartition des richesses. Par exemple, au lieu de la dire utopique (faussement même, du coup si c’est une fausse utopie ça veut dire que c’est réaliste ? Je suis perdu), si vous suggériez des mesures de lutte contre l’inégale répartition des richesses qui permettraient de garantir le financement d’un revenu universel, pourquoi pas à un montant plus élevé ?

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