Le Département de Loire-Atlantique ne reviendra pas sur la limitation à 80 km/h

Voici le courrier que j’ai adressé au Premier ministre, au sujet de la limitation de vitesse sur les routes départementales :
« Vous avez annoncé le 16 mai dernier ne pas voir d’inconvénient à ce que les Présidents de Conseils départementaux « prennent leurs responsabilités » et puissent relever la vitesse maximale autorisée de 80 à 90 km/h. En conséquence, les parlementaires ont introduit un amendement en ce sens dans le projet de loi d’orientation des mobilités.
À la date où je vous écris, il apparaît donc très probable que cette mesure sera effective dans les prochaines semaines.
D’ores et déjà, je vous annonce que le Département de Loire-Atlantique ne reviendra pas sur la limitation à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur le réseau routier dont il a la charge.
En effet, cette mesure constitue un progrès. Selon la Sécurité routière, elle aura permis d’épargner 127 vies au cours du seul second semestre 2018. 127 morts évités grâce à des distances de freinage inférieures de 13 mètres selon que l’on roule à 80 km/h ou à 90 km/h, ou encore grâce à des valeurs de décélération où le choc subi par les occupants d’un véhicule passe de la zone de blessures en général ni mortelles ni définitives, à celle où les chances de survie sont infimes.
127 drames évités pour un prix somme toute réduit : 2 minutes supplémentaires sur un trajet de 25 km, 50 secondes sur un trajet de 11 kilomètres.
L’histoire récente nous enseigne que les grandes évolutions de la mortalité routière sont directement liées à des grandes mesures. Ce sont les premières mesures de limitations de vitesse et de port de la ceinture qui, en 1973 et 1974, ont pour la première fois inversé la courbe de la mortalité routière. Très impopulaires en leur temps, un temps où l’on comptait chaque année jusqu’à 17 000 tués sur la route, ces mesures sont aujourd’hui complètement admises et intégrées.
Le passage de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h s’est révélé positif pour deux des grands défis de notre société : la lutte contre le changement climatique et la réponse aux difficultés financières que connaissent nos concitoyens, notamment celles et ceux dépendant au quotidien de l’usage de la voiture.
En effet, la démonstration a été faite que rouler à 80 km/h plutôt qu’à 90 km/h diminue de 30 % les émissions de polluants et génère une économie de 120 € par an en moyenne de carburant.
Si, sur le fond, je reconnais volontiers le courage que vous avez eu d’imposer cette mesure, je regrette fortement la méthode employée sur ce dossier, tant il y a une année et demie que ces dernières semaines.
C’est par un décret, annoncé début 2018 et publié le 17 juin de la même année, que vous avez décidé qu’à compter du 1er juillet suivant la vitesse maximale autorisée passerait de 90 à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles. Et c’est par une simple déclaration, le 16 mai dernier, que vous invitiez les parlementaires à amender la loi d’orientation des mobilités de telle sorte qu’il reviendrait désormais aux Départements de décider de maintenir ou non la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes dont ils ont la responsabilité.
En janvier 2018 comme ces dernières semaines, l’absence de concertation a été patente. Jamais les Départements, pourtant les premiers concernés au vu du nombre de kilomètres cumulés sous leur responsabilité, n’auront été consultés.
Il aurait été préférable de travailler avec les Départements dès avant l’instauration de la limitation à 80 km/h, de partager l’objectif de réduction de l’insécurité et de la mortalité routière, et que nous décidions collectivement des mesures à prendre.
En Loire-Atlantique, cela aurait pu se traduire par la poursuite du travail que nous avons engagé depuis quatre ans.
À savoir l’identification des tronçons de routes les plus accidentogènes et ceux où la cohabitation des différents usages était à améliorer ou à encourager, puis leur passage progressif à 70 km/h. Soient des mesures au cas par cas, adaptées aux spécificités de chacune des routes départementales, et permettant de conserver la lisibilité des seuils de vitesse par tranches de 20 km/h (30 / 50 / 70 / 90 / 110). Ces mesures, conjuguées à un discours de fermeté vis-à-vis de la violence routière porté au plus haut niveau de l’État, auraient conforté les actions que nous menons sur le terrain avec les services préfectoraux.
Fin juin, l’assemblée que je préside aura à se prononcer sur « L’engagement départemental pour des déplacements partagés, sécurisés et durables ».
Cet engagement est le résultat de plus de 18 mois de consultation auprès des citoyens et des partenaires de Loire-Atlantique. Il se traduira par un plan regroupant plus de 100 actions.
Certaines de ces actions ont pour objet de favoriser un meilleur partage de la route, que ce soit au sein d’un même véhicule (covoiturage, transports solidaires…), ou sur la voirie elle-même entre les différents modes (voiture, vélo, moto, poids-lourds, tracteurs…).
Mieux partager la route, c’est passer du stade de l’individualisme exacerbé, où les autres sont le problème, à une route où l’on porte une plus grande attention aux autres usages et usagers, où je suis une partie du problème et donc de la solution.
Mieux partager la route, c’est contribuer à l’apaisement de nos déplacements et donc à la sécurité.
Telle est, Monsieur le Premier Ministre, la vision de la route que nous avons en Loire-Atlantique. Cette vision est incompatible avec l’idée de relever la vitesse maximale autorisée.
C’est pourquoi celle-ci demeurera limitée à 80 km/h sur les routes départementales de Loire-Atlantique. »


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A propos…

Président du Conseil Départemental de Loire-Atlantique, je partage ici tout ce qui fait mon actualité, mes réactions politiques et mes coups de coeur.

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